Retour au village où enfant j'ai passé tous mes étés.
Retour soudain auprès d'une personne qui m'est chère, qui m'a vu grandir, fait grandir et qu'aujourd'hui je me prépare à perdre.
Retour dans cette grande maison vide, froide, dont l'absence de ma grand-mère semble affecter en plus de mon grand-père, les murs eux-mêmes.
Chaque pièce semble être restée intacte, intemporelle, telle qu'elle l'a toujours été.
Chaque photo, chaque bibelot, me replonge 20 ans en arrière. Même mon chien en peluche, poussiéreux et juché en haut de l'armoire, semble avoir attendu mon retour.
Arpenter seul les rues de ce village m'envahi de nostalgie:
La fenêtre de l'étable voisine d'où j'observais les vaches et les chevaux, ce ruisseau que je remontais chaque matin, petit seau bleu en main, à la recherche de grenouilles, ce bar où chaque dimanche après la messe les adultes allaient oublier les bonnes paroles du curé et nous dépenser nos pésétas en glaces et chamallows, ces murs de briques ou armé d'une brindille j'allais titiller les araignées et ce grand champs iù je courrais après les sauterelles...
Aujourd'hui c'est la solitude qui habite cette étable, l'eau qui s'écoulait de mon ruisseau s'est changée en béton, mes grenouilles en pierres et mégots, ce bar alors synonyme de rires et de raffut n'est plus que poussière et abandon et c'est un terrain vague qui remplace mon aire de chasse à la sauterelle.
Seul reste ce mur de briques que même les araignées semblent avoir abandonné.
Aujourd'hui ma grand-mère va mieux.
Je quitte Ribas et rentre à Paris.
Mon chien en peluche a regagné le dessus de l'armoire.
Mon seau bleu est introuvable mais le petit garçon qui le portait repart avec moi.